Le concept Buy, Borrow, Die (« Acheter, Emprunter, Transmettre ») revient régulièrement lorsqu’il est question des grandes fortunes américaines. Warren Buffett, Elon Musk ou les fondateurs des grandes entreprises technologiques en offrent les exemples les plus connus. Le principe paraît presque contre-intuitif : plutôt que de vendre leurs actifs pour financer leur train de vie, les investisseurs les plus fortunés empruntent en donnant leur patrimoine financier en garantie.
Le dispositif reste associé aux milliardaires américains. Son raisonnement économique existe pourtant aussi en France. Les règles fiscales diffèrent, mais des solutions comme le crédit Lombard adossé à un compte-titres ordinaire (CTO) ou à une assurance vie permettent déjà d’appliquer une logique proche, sous certaines conditions.
Le Buy, Borrow, Die n’est ni une niche fiscale ni une recette miracle. Cette approche s’adresse essentiellement aux investisseurs dotés d’un patrimoine financier conséquent, d’un horizon de placement long et d’une stratégie patrimoniale bien construite. Une mauvaise utilisation du levier peut fragiliser leur patrimoine.
Voici comment fonctionne cette stratégie, ce qu’elle permet et la manière de l’adapter au contexte français.
📌 Les points clés à retenir
- Le Buy, Borrow, Die consiste à acheter des actifs, à emprunter plutôt qu’à vendre, puis à transmettre son patrimoine.
- Le crédit Lombard permet déjà d’appliquer une logique similaire en France sur un CTO ou une assurance vie.
- Cette stratégie permet de différer l’imposition des plus-values tout en conservant un portefeuille investi.
- Elle exige une gestion rigoureuse du risque, notamment lorsque les marchés financiers baissent.
- Ce type de financement mérite un accompagnement patrimonial avant sa mise en place.
SOMMAIRE
- Buy, Borrow, Die : comprendre cette stratégie patrimoniale
- Pourquoi les grandes fortunes préfèrent-elles emprunter plutôt que vendre ?
- Cas pratique Buy, Borrow, Die : vendre ou emprunter ?
- Comment adapter le Buy, Borrow, Die en France grâce au crédit Lombard ?
- Le crédit Lombard permet-il réellement de différer l’impôt ?
- Crédit Lombard et succession : que se passe-t-il au décès ?
- Notre avis : à qui cette stratégie est-elle réellement destinée ?
Buy, Borrow, Die : comprendre cette stratégie patrimoniale
Le Buy, Borrow, Die s’est fait connaître aux États-Unis après plusieurs enquêtes de presse consacrées aux plus grandes fortunes mondiales. Le principe est pourtant ancien dans les banques privées et les family offices : laisser travailler le patrimoine le plus longtemps possible au lieu de le vendre.
Le cœur de la stratégie tient à une logique financière simple. Un actif de qualité qui continue de produire de la performance peut créer davantage de richesse que le coût de l’emprunt garanti par cet actif.
La mécanique tient en trois étapes.
| Étape | Principe |
|---|---|
| Buy | Acheter des actifs de qualité (actions, fonds indiciels cotés (ETF), immobilier, etc.) destinés à être conservés pendant de nombreuses années. |
| Borrow | Emprunter en donnant ces actifs en garantie, sans avoir besoin de les vendre. |
| Die | À la succession, transmettre les actifs aux héritiers selon les règles fiscales applicables dans le pays concerné. |
Cette mécanique convient surtout aux actifs qui présentent une forte espérance de rendement à long terme, comme les actions mondiales. Conservés pendant plusieurs décennies, ces investissements continuent de profiter des intérêts composés. Le report des ventes diffère, dans le même temps, l’imposition des plus-values.
Le temps constitue le véritable moteur du Buy, Borrow, Die. Plus les actifs restent investis longtemps, plus leur potentiel de création de richesse augmente.
Note : Le principe du Buy, Borrow, Die est largement décrit dans la littérature américaine consacrée à la gestion de patrimoine. Sa mise en œuvre dépend des règles fiscales de chaque pays. La stratégie doit donc être adaptée au droit français, et non reproduite à l’identique.
Pourquoi les grandes fortunes préfèrent-elles emprunter plutôt que vendre ?
Le fonctionnement du Buy, Borrow, Die surprend de prime abord. Pourquoi payer des intérêts à une banque lorsque l’on dispose d’un portefeuille à vendre ? La vente d’un actif performant entraîne parfois un coût d’opportunité supérieur à celui du financement.
Lorsqu’un investisseur cède des actions ou des ETF qui ont fortement progressé, il renonce à leur potentiel de croissance future. Dans de nombreux pays, il déclenche aussi une imposition immédiate sur les plus-values. L’emprunt libère des liquidités tout en maintenant le patrimoine investi.
Le coût d’un crédit peut être inférieur au rendement attendu du portefeuille
L’arbitrage repose sur deux données :
- le coût du crédit ;
- l’espérance de rendement du patrimoine investi.
Un ordre de grandeur permet de comprendre cet arbitrage. Un portefeuille diversifié d’actions mondiales a historiquement procuré un rendement annualisé voisin de 8 à 10 % avant inflation sur très longue période, sans que les performances passées préjugent des performances futures. Selon le contexte de taux, le montant emprunté et la qualité des garanties, le coût d’un crédit Lombard peut être nettement inférieur.
Lorsque le portefeuille progresse plus vite que le coût du financement, l’investisseur préserve son potentiel d’enrichissement tout en disposant des liquidités nécessaires.
Cette équation reste incertaine. Les marchés financiers traversent aussi plusieurs années de baisse ou de stagnation. La stratégie demande donc un horizon patrimonial long, une allocation patrimoniale diversifiée (actions, obligations, métaux précieux, etc.) et une solide marge de sécurité.
Cas pratique Buy, Borrow, Die : vendre ou emprunter ?
Imaginons Christophe, 58 ans, dirigeant d’entreprise ayant récemment cédé sa société. Il dispose désormais de :
- 4 000 000 € investis sur un compte-titres ordinaire, principalement en ETF mondiaux ;
- aucun besoin immédiat de désinvestir ;
- un projet immobilier nécessitant 600 000 € de liquidités.
Vendre une partie du portefeuille. Christophe récupère immédiatement les 600 000 €, mais réduit définitivement son patrimoine investi. Selon la composition du portefeuille, cette vente déclenche aussi une fiscalité sur les plus-values.
Solliciter un crédit Lombard. Le portefeuille reste investi, continue de bénéficier de la performance des marchés financiers et sert de garantie auprès de la banque.
Le crédit reste une dette. Son intérêt tient ici à la possibilité d’éviter une vente au mauvais moment et de préserver le potentiel de croissance du patrimoine.
Note : Les banques appliquent une décote aux actifs donnés en garantie. Un portefeuille diversifié composé d’actifs liquides (ETF, grandes capitalisations, fonds monétaires, etc.) bénéficie de conditions de financement plus favorables.
Comment adapter le Buy, Borrow, Die en France grâce au crédit Lombard ?
La présentation habituelle du Buy, Borrow, Die se concentre sur sa version américaine. Son principe économique se retrouve aussi en France, avec des règles fiscales différentes et une mise en œuvre spécifique.
En France, l’adaptation passe principalement par le crédit Lombard, un financement patrimonial encore peu connu du grand public.
La banque prête des liquidités en prenant le patrimoine financier de l’emprunteur en garantie. Les actifs n’ont pas besoin d’être vendus.
Comment la banque calcule-t-elle le montant disponible ?
La banque n’applique pas un pourcentage uniforme à l’ensemble du portefeuille. Elle examine la liquidité, la volatilité, la devise, la qualité de crédit et la concentration de chaque ligne. Un fonds monétaire ou une obligation de qualité reçoit en principe une valeur de nantissement supérieure à celle d’une petite capitalisation, d’un titre très volatil ou d’un actif difficile à vendre. Certaines positions peuvent même être exclues de la garantie.
Le rapport entre la dette utilisée et la valeur des actifs nantis s’appelle la quotité de financement, ou Loan-to-Value (LTV). Avec 50 000 € empruntés contre 100 000 € de placements, la LTV atteint 50 %. Si le portefeuille perd 30 %, sa valeur tombe à 70 000 € tandis que la dette reste fixée à 50 000 €. La LTV dépasse alors 71 %.
Au-delà du seuil prévu au contrat, la banque peut demander un versement de liquidités, de nouveaux actifs en garantie ou un remboursement partiel. À défaut, elle peut vendre des titres nantis. Le calibrage pertinent ne correspond donc pas au maximum proposé par la banque, mais au montant que le patrimoine peut supporter après une baisse sévère des marchés.
Crédit Lombard, avance sur assurance vie ou compte sur marge : quelles différences ?
Ces trois mécanismes permettent d’emprunter en s’appuyant sur des actifs financiers, mais ils ne répondent pas aux mêmes usages :
- Le crédit Lombard est une ligne de crédit accordée par une banque et garantie par un portefeuille financier. Il fonctionne généralement in fine : l’emprunteur paie les intérêts au fil de l’eau et rembourse le capital ultérieurement, selon les conditions prévues au contrat.
- L’avance sur assurance vie est consentie directement par l’assureur. Elle permet d’obtenir temporairement des liquidités sans effectuer de rachat, mais son montant, sa durée et son renouvellement sont encadrés par les conditions générales du contrat.
- Le compte sur marge est avant tout conçu pour financer des positions au sein d’un compte-titres. Selon le courtier et la réglementation applicable, les fonds empruntés ne peuvent pas toujours être retirés vers un compte externe. Il s’agit donc principalement d’un outil de levier boursier, et non d’une solution de financement patrimonial librement utilisable.
Dans les trois cas, les actifs restent investis et l’emprunteur conserve son exposition à leur évolution, à la hausse comme à la baisse. Les liquidités obtenues peuvent, selon le dispositif, financer un projet immobilier, une acquisition professionnelle, une donation, un besoin de trésorerie ou un nouvel investissement.
Certains cabinets de conseil ont développé une expertise sur le crédit Lombard adossé à un compte-titres, une assurance vie ou un contrat de capitalisation. C’est par exemple le cas de Prosper Conseil, où le crédit adossé à des actifs s’intègre dans une stratégie patrimoniale globale. Le choix entre crédit Lombard, avance sur assurance vie et compte sur marge dépend du patrimoine détenu, de l’usage des fonds, de l’horizon de financement et du niveau de risque accepté.
Le crédit Lombard permet-il réellement de différer l’imposition ?
Sur un compte-titres ordinaire, lors d’une vente, la plus-value nette est soumise par défaut à un prélèvement de 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu. En 2026, s’y ajoutent 18,6 % de prélèvements sociaux, soit un taux global de droit commun de 31,4 %. L’option globale et expresse pour le barème progressif demeure possible. L’administration fiscale présente ces règles sur sa page consacrée à l’imposition des plus-values mobilières.
Ce taux de 31,4 % ne constitue pas nécessairement le taux d’imposition définitif de tous les contribuables. Selon le niveau et la composition des revenus du foyer, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et, le cas échéant, la contribution différentielle sur les hauts revenus peuvent également intervenir. Cette dernière vise à assurer, sous certaines conditions, une imposition minimale de 20 % pour les foyers dont le revenu de référence dépasse les seuils légaux.
Le capital mis à disposition dans le cadre d’un crédit Lombard remboursable ne constitue, en principe, ni une vente de titres ni une plus-value imposable. L’investisseur peut donc disposer de liquidités sans céder immédiatement les actifs donnés en garantie.
Crédit Lombard et succession : que se passe-t-il au décès ?
Le décès de l’emprunteur n’efface ni le crédit Lombard ni les garanties accordées à la banque. Après avoir été informé du décès, l’établissement bloque généralement les opérations sur le compte et échange avec le notaire et les héritiers pour déterminer le sort du financement.
Premier cas : le compte-titres est clôturé et le crédit remboursé
Le notaire ou les héritiers peuvent demander la clôture du compte-titres. La banque vend alors tout ou partie des placements donnés en garantie et utilise le produit de la vente pour rembourser le capital restant dû, les intérêts et les éventuels frais. Le solde disponible rejoint ensuite l’actif de la succession.
Second cas : les titres sont conservés et le financement réorganisé
Les héritiers peuvent préférer conserver les placements et demander leur transfert sur un compte ouvert au nom de la succession, puis sur leurs propres comptes-titres lors du partage. Cette opération évite de vendre immédiatement les actifs.
La ligne de crédit n’est toutefois pas transmise automatiquement avec le portefeuille. Son maintien temporaire, sa reprise par un héritier ou son refinancement supposent l’accord de la banque, qui réexamine notamment la situation patrimoniale des bénéficiaires, la composition des actifs et le niveau de garantie. Elle peut également exiger le remboursement du crédit conformément au contrat.
Dans les deux scénarios, le capital restant dû peut être déduit de l’actif successoral taxable s’il constituait au jour du décès une dette certaine, personnelle au défunt et dûment justifiée. Les droits de succession sont alors calculés sur l’actif net taxable, après prise en compte des dettes admises en déduction.
Notre avis : à qui cette stratégie est-elle réellement destinée ?
Le Buy, Borrow, Die trouve sa place chez un investisseur doté d’un portefeuille important, liquide et diversifié, avec des revenus capables de couvrir les intérêts et une réserve mobilisable en cas de baisse. Il doit aussi disposer d’un horizon long et d’un plan de sortie écrit : remboursement progressif, cession programmée, refinancement ou règlement par la succession.
La qualité du montage se mesure moins au montant obtenu qu’à sa résistance dans un scénario défavorable. Avant toute mise en place, il faut simuler une baisse des marchés, une hausse des taux et un refus de renouvellement. Le crédit Lombard devient alors un levier de liquidité au service de la stratégie patrimoniale, avec des règles de pilotage fixées dès l’origine.



