Faut-il confier son argent à un gérant qui essaie de battre le marché, ou simplement acheter le marché avec un fonds indiciel ? Derrière le débat entre gestion active et gestion passive se cache une question très concrète : quelle méthode donne à l'investisseur les meilleures chances d'obtenir une bonne performance à long terme, une fois les frais déduits ?
Dans notre article Comment investir en bourse, nous présentons les grandes façons d'investir en actions ainsi que les principales enveloppes : compte-titres ordinaire (CTO), plan d'épargne en actions (PEA), assurance vie, etc. Ici, nous nous concentrons sur le choix des fonds.
Notre préférence est assez nette : pour investir à long terme sur les grandes classes d'actions, la gestion passive constitue généralement le meilleur point de départ. Elle est simple, diversifiée et surtout peu coûteuse. Cela ne signifie pas que tous les fonds actifs sont mauvais. Sur certaines sous-classes d'actifs, ou avec un gérant réellement différenciant et des frais raisonnables, la gestion active peut conserver un intérêt.
| Critère | Gestion active | Gestion passive |
|---|---|---|
| Objectif | Battre un benchmark ou atteindre un objectif de gestion spécifique | Répliquer aussi fidèlement que possible un indice |
| Sélection des titres | Décisions du gérant et de son équipe | Règles définies par l'indice |
| Frais | Généralement plus élevés et très variables | Généralement très faibles |
| Écart au benchmark | Peut être important, à la hausse comme à la baisse | Faible par construction, hors frais et écart de suivi |
| Dépendance au gérant | Forte | Faible |
| Possibilité de battre durablement l'indice | Oui, mais difficile à obtenir et à identifier à l'avance | Non : l'objectif est de suivre l'indice, pas de le battre |
| Notre approche | À utiliser de façon sélective | Excellent choix par défaut pour les grandes expositions actions |
Gestion active et gestion passive : quelles différences ?
La gestion active : essayer de faire mieux que le marché
Un fonds en gestion active est piloté par un gérant et son équipe. Ils choisissent les titres à acheter, ceux à vendre et leur poids dans le portefeuille selon une stratégie définie à l'avance.
Le fonds est généralement comparé à un indice de référence, ou benchmark. Un fonds investi sur les grandes entreprises américaines pourra par exemple être comparé au S&P 500. Un fonds mondial pourra utiliser un indice mondial comme référence.
L'objectif n'est d'ailleurs pas toujours de battre mécaniquement l'indice chaque année. Certains fonds cherchent plutôt à réduire la volatilité, limiter les pertes lors des baisses ou construire un portefeuille très différent du marché. Mais dans tous les cas, le gérant prend des décisions qui s'écartent plus ou moins de son benchmark.
Cette organisation a un coût. Il faut rémunérer la société de gestion, les analystes et la distribution du fonds. Certains fonds ajoutent également une commission de surperformance. Les frais sont très variables : les parts institutionnelles ou clean share, sans rétrocommission de distribution, peuvent être nettement moins chères que certaines parts commercialisées dans les réseaux traditionnels.
C'est un point essentiel : un fonds actif facturé 0,70 % par an et un autre facturé 2 % ne partent pas avec le même handicap. Plus les frais sont élevés, plus le gérant doit créer de surperformance avant même de commencer à enrichir l'investisseur davantage que son indice.
La gestion passive : accepter la performance du marché
La gestion passive part d'une philosophie différente. Plutôt que d'essayer de trouver les futurs gagnants, le fonds cherche à répliquer un indice.
C'est le principe des fonds indiciels et de la grande majorité des ETF (Exchange Traded Funds). Un ETF répliquant le S&P 500 cherche par exemple à reproduire aussi fidèlement que possible la performance de cet indice, frais déduits.
La mécanique est beaucoup plus simple. Il n'est pas nécessaire de financer une grande équipe chargée de déterminer si Microsoft, LVMH ou Nestlé mérite d'être surpondérée demain. Cette simplicité permet de proposer des frais annuels souvent de quelques dixièmes de pourcent, voire moins pour les grands indices.
Attention toutefois à un raccourci fréquent : ETF et gestion passive ne sont pas parfaitement synonymes. Il existe également des ETF gérés activement. Dans cet article, lorsque nous parlons d'ETF, nous visons principalement les ETF indiciels.
Un bon ETF doit notamment être apprécié au regard de :
- son indice de référence ;
- ses frais ;
- son écart de suivi avec l'indice (tracking difference) ;
- sa méthode de réplication, physique ou synthétique ;
- sa politique de dividendes, capitalisante ou distributive ;
- sa taille et sa liquidité ;
- son éligibilité éventuelle au PEA.
Nous détaillons ces critères dans notre guide consacré aux ETF et trackers.
Gestion active ou passive : laquelle obtient les meilleures performances ?
À première vue, la gestion active semble disposer d'un avantage évident. Un gérant compétent peut éviter les entreprises qu'il juge trop chères et concentrer son portefeuille sur ses meilleures convictions. Un indice, lui, applique ses règles sans état d'âme.
Pourtant, les statistiques de long terme sont sévères pour la gestion active.
Les dernières études SPIVA donnent un net avantage aux indices
Les études SPIVA (S&P Indices Versus Active Funds) de S&P Dow Jones Indices comparent depuis plus de vingt ans les fonds actifs à leurs indices de référence. Elles ont l'intérêt d'intégrer les fonds disparus ou fusionnés, ce qui limite le biais du survivant.
Les chiffres les plus récents sont éloquents. Dans le SPIVA U.S. Year-End 2025, 79 % des fonds actifs américains investis sur les grandes capitalisations ont sous-performé le S&P 500 en 2025. Pour les fonds américains de petites capitalisations, le constat était beaucoup moins défavorable : seulement 41 % ont sous-performé leur benchmark cette année-là.
Le SPIVA Europe Year-End 2025 aboutit au même constat général pour les fonds domiciliés en Europe : 71 % des fonds actions mondiales libellés en euros ont sous-performé le S&P World en 2025, et une majorité de fonds a sous-performé dans 18 des 21 catégories actions étudiées. Surtout, S&P indique qu'une majorité des fonds a sous-performé dans chacune des catégories sur la période de dix ans achevée fin 2025.
Une année isolée ne permet évidemment pas de condamner ou de consacrer une méthode. La leçon intéressante des études SPIVA apparaît justement lorsque l'horizon s'allonge : battre un indice une année est possible ; le battre durablement, après frais, est beaucoup plus rare.
Pourquoi est-il si difficile de battre un indice ?
La première raison est arithmétique : avant frais, l'ensemble des investisseurs actifs constitue en grande partie le marché. Après frais, leur performance agrégée doit nécessairement être amputée des coûts de gestion et de transaction.
Ensuite, les grandes actions mondiales sont suivies par des milliers d'analystes et d'investisseurs professionnels. Trouver une information ou une anomalie de valorisation que personne d'autre n'a vue ressemble moins à ramasser un billet oublié sur le trottoir qu'à le chercher au milieu d'une foule qui fait exactement la même chose.
Enfin, un bon gérant doit avoir raison après avoir payé les frais, et suffisamment longtemps pour que l'investisseur en profite.
Les frais : quelques dixièmes deviennent des dizaines de milliers d'euros
Les frais paraissent petits lorsqu'ils sont exprimés en pourcentage annuel. Leur effet cumulé est beaucoup moins anodin.
Prenons 100 000 € placés pendant 20 ans avec une performance brute hypothétique de 7 % par an. À rendement brut identique, voici l'ordre de grandeur du capital final selon le niveau de frais annuels :
| Frais annuels hypothétiques | Rendement annuel après frais* | Capital après 20 ans* |
|---|---|---|
| 0,20 % | 6,80 % | ≈ 373 000 € |
| 1,00 % | 6,00 % | ≈ 321 000 € |
| 2,00 % | 5,00 % | ≈ 265 000 € |
| * Hypothèse simplifiée | Performance brute constante de 7 % moins les frais annuels | Hors fiscalité et autres frais éventuels ; il ne s'agit pas d'une prévision |
Cet exemple est volontairement simplifié et ne constitue pas une prévision de rendement. Il illustre simplement une règle mathématique : les frais composent eux aussi, mais dans le mauvais sens.
Entre 0,20 % et 2 % de frais annuels dans notre hypothèse, l'écart final dépasse 100 000 €. Le gérant actif à 2 % doit donc créer beaucoup de valeur, et la créer durablement, simplement pour rattraper son handicap de départ.
Pourquoi choisir un bon fonds actif est plus difficile qu'il n'y paraît
On pourrait répondre : très bien, il suffit d'éviter les mauvais fonds et de sélectionner ceux qui battent leur indice.
C'est précisément là que les choses se compliquent.
Les performances passées ne désignent pas forcément les gagnants de demain
Les classements Morningstar et les historiques de performance sont utiles pour analyser un fonds. Mais ils regardent nécessairement, au moins en partie, dans le rétroviseur.
Un fonds peut afficher cinq années remarquables parce que son style d'investissement a traversé une période particulièrement favorable. Un fonds très exposé aux valeurs technologiques, aux petites capitalisations ou aux actions décotées peut ainsi briller pendant un cycle puis rentrer dans le rang lorsque le vent tourne.
Les performances passées sont donc une information. Elles ne sont pas une boule de cristal.
La persistance de la surperformance est elle-même difficile
S&P Dow Jones Indices publie également des études de persistance. Son U.S. Persistence Scorecard Year-End 2025 souligne que l'identification des gérants capables de rester durablement parmi les meilleurs est elle-même difficile : la surperformance persistante est généralement fugace.
C'est une distinction fondamentale. Il existe évidemment de très bons gérants. La vraie question pour l'investisseur n'est pas de savoir si ces gérants existent, mais s'il est capable de les identifier avant leur future période de surperformance.
Warren Buffett est un exemple spectaculaire de création de valeur sur plusieurs décennies. Mais constater aujourd'hui son parcours exceptionnel n'aide pas beaucoup à identifier le prochain Warren Buffett à ses débuts.
Le biais du survivant embellit le passé
Imaginez 100 fonds au départ. Vingt ans plus tard, certains ont été liquidés ou fusionnés après des résultats médiocres. Si vous analysez uniquement les fonds encore disponibles aujourd'hui, vous regardez les survivants et oubliez une partie des échecs.
C'est ce que l'on appelle le biais du survivant.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les études qui tiennent compte des fonds disparus sont plus instructives qu'un simple classement des fonds actuellement commercialisés.
Un excellent fonds peut aussi perdre son gérant
Investir en gestion active revient en partie à parier sur des femmes, des hommes, une équipe et une méthode.
Si le gérant qui a construit dix années d'excellent historique quitte la société de gestion, le nom du fonds peut rester identique mais le pilote a changé. Il faut alors réexaminer la thèse d'investissement.
Enfin, méfiez-vous du réflexe consistant à acheter le fonds qui vient d'afficher les meilleures performances sur trois ans. Notre cerveau extrapole volontiers les tendances récentes. En investissement, le rétroviseur est utile pour comprendre le chemin parcouru ; il conduit assez mal la voiture.
La gestion active a-t-elle encore un intérêt ?
Oui. Dire que la gestion passive est un excellent choix par défaut ne revient pas à affirmer que la gestion active est inutile.
Sur les grandes capitalisations, la barre est particulièrement haute
Sur les grandes entreprises américaines ou les actions mondiales, l'information circule rapidement et les sociétés sont suivies par une armée d'analystes. Les indices sont en outre très faciles à répliquer à faible coût.
Dans ces univers, un ETF sur le S&P 500, le MSCI World ou un autre grand indice constitue un concurrent redoutable : il est diversifié, transparent et ne prélève que de faibles frais.
C'est précisément sur ce terrain que les statistiques SPIVA sont généralement les plus difficiles pour les fonds actifs.
Certaines sous-classes d'actifs laissent davantage de place au gérant
Les résultats SPIVA 2025 montrent aussi pourquoi il faut éviter les conclusions trop absolues. Aux États-Unis, 59 % des fonds actifs de petites capitalisations ont battu leur benchmark en 2025. Sur la dette émergente, 69 % des fonds actifs de la catégorie étudiée ont également fait mieux que leur indice cette année-là. À l'inverse, les résultats peuvent être très différents d'un pays ou d'une période à l'autre.
La gestion active peut donc davantage se défendre lorsque :
- l'univers est moins couvert par les analystes, par exemple certaines petites capitalisations ;
- le marché est moins liquide ou plus hétérogène ;
- la sélection des émetteurs et la gestion du risque de crédit jouent un rôle important sur certaines poches obligataires ;
- la stratégie recherche autre chose que la simple réplication d'un indice : réduction du risque, décorrélation, situations spéciales, etc.
Il faut toutefois garder la causalité dans le bon sens. Un marché moins efficient crée davantage d'opportunités théoriques pour la gestion active ; il ne transforme pas automatiquement tous les gérants en créateurs d'alpha.
Des frais raisonnables peuvent changer l'équation
La gestion active devient également plus défendable lorsque son coût diminue.
Un fonds actif de qualité accessible avec 0,60 % ou 0,80 % de frais annuels n'a pas le même obstacle à franchir qu'une part du même fonds chargée de frais beaucoup plus élevés. C'est pourquoi il faut regarder non seulement le fonds, mais aussi la part exacte accessible dans votre enveloppe et l'intermédiaire par lequel vous investissez.
Les parts clean share, lorsqu'elles sont disponibles, permettent notamment d'éviter une couche de commissions de distribution. L'illusion de la gratuité peut coûter cher : un intermédiaire qui ne facture rien directement peut être rémunéré par les fonds qu'il référence.
Faut-il choisir la gestion active ou passive pour son portefeuille ?
Pour la majorité des investisseurs qui souhaitent construire une exposition diversifiée aux actions à long terme, nous privilégions la gestion passive comme socle du portefeuille.
Pourquoi ? Parce qu'elle résout plusieurs problèmes d'un coup :
- vous n'avez pas à trouver aujourd'hui les gérants qui seront les meilleurs demain ;
- vous diversifiez facilement votre portefeuille ;
- vous maîtrisez mieux les frais ;
- vous réduisez le risque de changer de stratégie au gré des classements ;
- vous obtenez une performance proche de celle du marché choisi, frais déduits.
Un ETF mondial peut ainsi donner accès en une seule ligne à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'entreprises selon l'indice retenu. Cela ne supprime évidemment pas le risque de perte : si le marché actions baisse de 30 %, l'ETF baissera lui aussi. La gestion passive évite le risque de mauvais choix du gérant, pas le risque du marché.
| Votre situation | Approche à envisager | Pourquoi ? |
|---|---|---|
| Vous débutez en bourse | Gestion passive | Simple, diversifiée et peu coûteuse |
| Vous cherchez une exposition mondiale à long terme | Gestion passive | Les grands indices mondiaux sont difficiles à battre durablement après frais |
| Vous voulez minimiser les frais | Gestion passive | Les ETF indiciels figurent parmi les fonds les moins coûteux |
| Vous ciblez certaines petites capitalisations ou une poche moins efficiente | Gestion active à étudier | Le gérant peut disposer de davantage de latitude pour exploiter des inefficiences, sans garantie de surperformance |
| Vous avez identifié un gérant et une méthode que vous comprenez | Mix actif/passif possible | Une poche active peut compléter un cœur indiciel si les frais restent raisonnables |
| Vous souhaitez exprimer quelques convictions sans dépendre entièrement d'elles | Approche cœur-satellites | Un cœur passif stable complété par des poches actives ciblées |
L'approche cœur-satellites : un compromis intelligent
Vous n'êtes pas obligé de choisir un camp comme s'il s'agissait d'un match de football.
Une stratégie cœur-satellites consiste à construire l'essentiel du portefeuille avec des ETF indiciels diversifiés, puis à réserver une poche plus petite à quelques convictions actives.
À titre purement pédagogique, un investisseur pourrait par exemple avoir 70 à 90 % de sa poche actions en gestion passive et 10 à 30 % en fonds actifs sélectionnés avec conviction. Ce n'est pas une allocation universelle : le bon dosage dépend de votre patrimoine, de votre horizon, de votre tolérance au risque et des placements déjà détenus.
Cette organisation a un mérite comportemental. Le cœur indiciel reste stable tandis que les satellites permettent d'exprimer quelques convictions sans remettre tout le portefeuille en chantier à chaque nouvelle idée.
Notre avis : la gestion passive comme choix par défaut, l'active comme choix assumé
Le principal avantage de la gestion passive n'est pas qu'elle promet de battre les meilleurs gérants. Elle permet de ne pas avoir besoin de les trouver.
L'investisseur accepte le rendement du marché, diminué de frais généralement très faibles. Le gérant actif, lui, doit faire suffisamment mieux que le marché pour compenser ses frais, puis recommencer suffisamment longtemps pour que l'investisseur en bénéficie réellement.
Quelques gérants y parviennent. Le problème est de savoir lesquels le feront au cours des dix ou vingt prochaines années.
Nous ferions donc de la gestion passive le choix par défaut pour les grandes expositions actions, en particulier sur les marchés développés et très suivis. La gestion active peut ensuite compléter ce socle lorsque vous avez une vraie raison de l'utiliser : une sous-classe d'actifs qui s'y prête mieux, un gérant dont vous comprenez la méthode, des frais maîtrisés ou un objectif que l'indice ne remplit pas correctement.
Avant de choisir les fonds, il faut enfin replacer cette décision dans une stratégie plus large : combien investir en actions, avec quel horizon et dans quelle enveloppe ? Notre guide Comment investir en bourse reprend cette démarche étape par étape.
Cet article est informatif. Tout investissement en actions comporte un risque de perte en capital et doit être adapté à votre situation personnelle, à votre horizon et à votre tolérance au risque.

