Une récession ne fait pas simplement « baisser la Bourse ». Elle modifie simultanément les bénéfices des entreprises, le coût du crédit, les taux d'intérêt, les défauts, l'emploi et les anticipations des investisseurs. Certaines classes d'actifs souffrent de la contraction économique ; d'autres profitent de la baisse des taux qui l'accompagne souvent. Et, au sein même des actions, un fabricant automobile et un distributeur alimentaire ne traversent pas du tout la même tempête.
C'est ce mécanisme qu'il faut comprendre avant de décider comment investir son argent en cas de récession.
La difficulté est que les marchés financiers vivent généralement quelques mois devant l'économie réelle. Les actions peuvent commencer à baisser alors que le PIB (PIB) progresse encore, puis rebondir lorsque les faillites et le chômage continuent de se dégrader.
Autrement dit, attendre que la récession soit officiellement annoncée pour « protéger » son portefeuille peut revenir à fermer le parapluie après l'averse. Et attendre le retour des bonnes nouvelles pour racheter peut conduire à manquer une partie du rebond.
Notre approche consiste donc moins à prévoir la prochaine récession qu'à construire en amont un patrimoine capable de la traverser.
| Classe d'actifs | Mécanisme dominant | Comportement historique / attendu | Ce qui peut faire mentir le scénario |
|---|---|---|---|
| Actions | Bénéfices, valorisations, anticipations | Souvent sous pression ; le marché peut toutefois rebondir avant la reprise économique | Récession déjà intégrée dans les cours ; baisse rapide des taux |
| Obligations d’État de qualité | Taux d’intérêt et inflation | Souvent favorisées par une baisse des taux en récession désinflationniste | Inflation persistante ou hausse des taux longs |
| Crédit investment grade | Taux sans risque + spread de crédit | Baisse des taux favorable, mais spreads généralement plus larges | Dégradation du crédit plus forte qu’attendu |
| Obligations high yield | Risque de défaut | Peuvent fortement baisser lorsque les défauts anticipés augmentent | Récession courte et reprise rapide |
| Immobilier | Loyers, taux de capitalisation, crédit | Ajustement souvent plus lent ; fortes différences selon les segments | Taux, refinancement, vacance, baisse des loyers |
| Or | Taux réels, dollar, recherche de refuge | A souvent diversifié lors de crises systémiques, sans garantie | Hausse des taux réels, dollar fort, retournement du sentiment |
| Liquidités | Stabilité nominale et optionalité | Protègent du besoin de vendre et permettent de rééquilibrer | Érosion par l’inflation et coût d’opportunité |
Les comportements décrits dans cet article sont historiques, pas des lois physiques. Une récession inflationniste, une crise bancaire ou un choc sanitaire peuvent produire des réactions très différentes. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Que se passe-t-il réellement pendant une récession ?
Une récession est une contraction significative de l'activité économique. La production ralentit, les entreprises vendent moins, les investissements sont reportés et le marché du travail finit généralement par se détériorer.
Pour l'investisseur, cinq mécanismes sont particulièrement importants.
1. Les bénéfices des entreprises sont sous pression
Lorsqu'un ménage craint pour son emploi, il reporte plus facilement l'achat d'une voiture ou d'une cuisine que celui de nourriture ou de médicaments.
Les entreprises cycliques voient donc souvent leur chiffre d'affaires et leurs marges se contracter davantage.
Le problème est amplifié par les coûts fixes. Une entreprise dont les usines, loyers et salaires représentent une grosse partie des charges peut subir une chute des bénéfices bien supérieure à celle de ses ventes.
2. Le crédit devient plus rare et plus cher pour les emprunteurs risqués
Les banques deviennent plus prudentes. Les investisseurs exigent davantage de rendement pour prêter aux entreprises fragiles.
Les spreads de crédit, c'est-à-dire l'écart de rendement entre une obligation d'entreprise et une dette publique comparable, ont ainsi tendance à s'élargir lorsque le risque de défaut augmente.
C'est une distinction essentielle : en récession, toutes les obligations ne se comportent pas comme un bloc homogène.
3. Les taux directeurs peuvent baisser
Dans une récession classique accompagnée d'une désinflation, les banques centrales disposent d'une raison supplémentaire pour assouplir leur politique monétaire.
La baisse des taux peut favoriser les obligations d'État déjà émises, particulièrement celles dont la maturité est longue : leurs coupons deviennent relativement plus attractifs.
Mais ce scénario n'est pas automatique. Si l'inflation reste trop élevée, la banque centrale peut avoir beaucoup moins de liberté. L'année 2022 a rappelé qu'un choc inflationniste peut faire souffrir simultanément actions et obligations.
4. Les marchés anticipent la reprise avant les statistiques
Une action vaut les flux de trésorerie futurs que les investisseurs anticipent, pas le dernier chiffre du PIB publié.
La Bourse peut donc rebondir alors que les résultats des entreprises continuent de baisser.
C'est l'un des grands pièges psychologiques des récessions : le meilleur moment économique et le meilleur moment boursier ne coïncident généralement pas.
5. Le prix des actifs dépend autant du taux d'actualisation que de l'économie
Une récession dégrade les bénéfices, ce qui est mauvais pour les actions. Mais une baisse des taux réduit le taux utilisé pour actualiser les bénéfices futurs, ce qui peut soutenir leur valorisation.
Ces deux forces tirent parfois dans des directions opposées.
C'est pourquoi une statistique économique « mauvaise » n'entraîne pas mécaniquement une baisse de la Bourse. Une étude du National Bureau of Economic Research (NBER) montre d'ailleurs que l'information sur le chômage peut être interprétée différemment selon la phase du cycle, car elle renseigne à la fois sur les bénéfices futurs et sur les taux futurs.
La Bourse et l'économie ne vivent pas sur la même horloge
C'est probablement l'idée la plus importante de cet article.
Le cycle économique peut être schématisé ainsi :
expansion → ralentissement → récession → reprise.
Le marché, lui, essaie continuellement d'anticiper l'étape suivante.
Les investisseurs commencent donc souvent à délaisser les entreprises cycliques avant que la récession soit visible dans les statistiques. Puis, au cœur de la crise, ils peuvent commencer à acheter les entreprises qui profiteront de la reprise.
Les recherches historiques de Fidelity sur les cycles américains depuis 1962 illustrent bien ce décalage : les actions ont été faibles pendant la phase de récession étudiée, mais leur meilleure phase moyenne a été le début de cycle, lorsque la reprise commence et que les bénéfices rebondissent.
La conséquence pratique est importante :
« L'économie va mal » n'est pas un signal de vente. Et « l'économie va mieux » n'est pas nécessairement un signal d'achat.
Lorsque le consensus économique devient rassurant, une partie de la bonne nouvelle peut déjà être dans les cours.
Quels secteurs résistent le mieux à une récession ?
Toutes les actions représentent une participation dans une entreprise, mais toutes les entreprises n'ont pas la même sensibilité au cycle.
| Secteur | Sensibilité au cycle | En récession | Pourquoi ? |
|---|---|---|---|
| Consommation de base | Faible | Historiquement défensive | Alimentation, hygiène et biens courants sont difficiles à supprimer |
| Santé | Faible à moyenne | Historiquement défensive | Une partie importante des dépenses médicales est peu discrétionnaire |
| Services aux collectivités | Faible | Historiquement défensifs | Demande relativement stable ; attention à la dette et aux taux |
| Consommation discrétionnaire | Élevée | Souvent vulnérable | Autos, loisirs et biens durables peuvent être reportés |
| Industrie | Élevée | Souvent vulnérable | Baisse des commandes, de l’investissement et effet des coûts fixes |
| Matériaux | Élevée | Souvent vulnérable | Demande liée à l’industrie, la construction et l’investissement |
| Finance | Élevée | Souvent sous pression | Défauts, provisions, crédit plus rare et effets des taux |
| Immobilier coté | Élevée aux taux et au crédit | Peut souffrir fortement | Valorisations et refinancement très sensibles aux conditions financières |
| Technologie | Très variable | Pas de règle simple | Mélange d’entreprises très rentables et de sociétés de croissance sensibles aux taux |
Consommation de base : la demande varie peu
Alimentation, hygiène ou biens ménagers continuent d'être achetés même lorsque le chômage monte.
Les entreprises de consommation de base disposent donc souvent de revenus plus résistants. Dans les travaux de Fidelity sur les cycles américains, ce secteur a historiquement figuré parmi les plus robustes en récession.
Mais « défensif » ne signifie pas « sans risque ». Si les investisseurs paient déjà très cher cette stabilité, le cours peut malgré tout baisser.
Santé : des dépenses moins faciles à reporter
Médicaments, soins et équipements médicaux présentent également une demande relativement peu cyclique.
Le secteur de la santé a ainsi historiquement mieux résisté que beaucoup de secteurs cycliques dans les phases de contraction étudiées.
Mais une entreprise de biotechnologie sans bénéfice n'a évidemment pas le même profil qu'un grand laboratoire pharmaceutique diversifié. Le nom du secteur ne remplace jamais l'analyse du modèle économique.
Services aux collectivités : des revenus relativement prévisibles
Électricité, gaz et eau restent nécessaires pendant une récession. Les utilities ont donc historiquement présenté un comportement défensif.
Elles sont cependant sensibles aux taux d'intérêt en raison de leur intensité capitalistique et de leur endettement. Une récession accompagnée de taux durablement élevés peut donc changer l'équation.
Consommation discrétionnaire : directement exposée au portefeuille des ménages
Automobile, ameublement, loisirs, hôtellerie ou certains biens haut de gamme sont plus faciles à reporter.
Lorsque les ménages deviennent prudents, ces activités peuvent subir un fort recul.
C'est précisément ce qui peut ensuite les rendre très réactives au début de la reprise.
Industrie et matériaux : le cycle économique en première ligne
La baisse des commandes, des investissements et de la construction pèse sur de nombreuses entreprises industrielles et de matériaux.
Leur levier opérationnel peut amplifier la contraction des bénéfices.
Banques et financières : attention au crédit
Les récessions augmentent les défauts et les provisions pour pertes. La demande de nouveaux crédits peut ralentir et une baisse de taux peut comprimer certaines marges.
Mais les financières ne sont pas homogènes : banque de détail, assurance, gestion d'actifs et places de marché n'ont pas les mêmes moteurs.
Technologie : ne pas confondre secteur et facteur de risque
L'histoire récente rend toute règle simpliste dangereuse.
Une société technologique très rentable, peu endettée et génératrice de trésorerie n'a rien à voir avec une entreprise de croissance déficitaire dépendante de financements externes.
Historiquement, la technologie a plutôt été cyclique dans les études sectorielles américaines. Mais sa composition a profondément évolué.
Faut-il acheter les secteurs défensifs lorsqu'une récession menace ?
Pas nécessairement.
Voici le paradoxe : si tout le monde sait que les supermarchés résistent mieux aux récessions que les constructeurs automobiles, cette information n'est pas gratuite.
À mesure que la récession devient probable, les investisseurs peuvent déjà avoir vendu les secteurs cycliques et acheté les défensifs. Vous risquez alors de payer très cher la sécurité apparente au moment même où le marché commence à anticiper la reprise.
C'est pourquoi nous préférons généralement conserver un portefeuille actions mondial largement diversifié, par exemple via des ETF, plutôt que transformer chaque prévision macroéconomique en pari sectoriel.
Les rotations sectorielles sont intéressantes pour comprendre ce qui arrive à votre portefeuille. Elles sont beaucoup plus difficiles à exploiter systématiquement.
Obligations : souvent les grandes gagnantes d'une récession classique
Les obligations méritent une place beaucoup plus importante dans l'analyse d'une récession qu'elles n'en reçoivent habituellement.
Une obligation à taux fixe réagit principalement à deux forces :
- les taux sans risque ;
- le risque de crédit de l'émetteur.
Dette publique de qualité
Dans une récession désinflationniste, les taux peuvent baisser.
Une obligation ancienne versant un coupon supérieur aux nouvelles émissions devient alors plus attractive : son prix monte.
Plus sa duration, c'est-à-dire sa sensibilité aux mouvements de taux, est élevée, plus ce mouvement peut être important.
C'est pourquoi les obligations souveraines de bonne qualité ont historiquement pu jouer un rôle d'amortisseur lors de nombreuses récessions.
Obligations d'entreprises de qualité
Les obligations investment grade, émises par des entreprises considérées comme relativement solides, bénéficient elles aussi d'une éventuelle baisse des taux.
Mais leur spread de crédit peut simultanément augmenter.
Elles se trouvent donc entre deux forces : la baisse des taux les aide ; la peur du défaut les pénalise.
High yield : une obligation qui peut se comporter comme une action
Les obligations à haut rendement (high yield) sont émises par des entreprises plus risquées.
En récession, la hausse des défauts anticipés peut faire exploser les spreads. Leur prix peut alors fortement baisser malgré la baisse des taux publics.
Une poche obligataire destinée à stabiliser un patrimoine ne doit donc pas être remplie de dette risquée simplement parce que son rendement affiché est plus élevé.
Toutes les récessions ne se ressemblent pas : le rôle décisif de l'inflation
Le portefeuille « anti-récession » classique repose sur une mécanique : ralentissement → désinflation → baisse des taux → hausse des obligations de qualité.
Mais que se passe-t-il si l'inflation reste élevée ?
La banque centrale se retrouve prise entre deux objectifs : soutenir l'économie et stabiliser les prix.
Les obligations longues peuvent alors perdre une partie de leur rôle protecteur. Les actions subissent à la fois la contraction des bénéfices et des taux d'actualisation élevés.
C'est une différence fondamentale entre :
- récession désinflationniste : environnement généralement favorable aux obligations souveraines de qualité ;
- récession inflationniste ou stagflation : environnement beaucoup plus difficile pour le couple actions-obligations ;
- crise financière : le risque de crédit et la liquidité deviennent centraux ;
- choc exogène : la vitesse de la chute et de la réponse publique peut dominer les mécanismes habituels.
La diversification sert précisément à ne pas avoir besoin de connaître à l'avance le scénario qui se matérialisera.
Que devient l'immobilier pendant une récession ?
L'immobilier réagit plus lentement que la Bourse, mais il n'est pas isolé du cycle.
Trois forces s'affrontent.
Les revenus locatifs
Une récession peut augmenter les faillites d'entreprises, la vacance de bureaux ou de commerces et les impayés. L'effet dépend énormément du type d'actif.
Un entrepôt logistique, une résidence, un hôtel et un centre commercial ne vivent pas la même récession.
Les taux de capitalisation
La valeur d'un immeuble dépend du revenu qu'il génère et du rendement exigé par l'acheteur.
Si les investisseurs exigent davantage de rendement, la valeur peut baisser même si le loyer ne change pas.
Le crédit
L'immobilier est une classe d'actifs très dépendante du financement.
Une baisse des taux peut soutenir les prix et les transactions. Mais les banques peuvent parallèlement durcir leurs critères de crédit.
Le résultat est souvent retardé : les actions immobilières cotées réagissent immédiatement, tandis que les expertises des immeubles non cotés ajustent progressivement leurs valeurs.
C'est pourquoi une SCPI qui affiche une valeur stable pendant un krach boursier n'est pas nécessairement devenue sans risque.
Pour aller plus loin, consultez notre guide sur les SCPI et notre article sur l'immobilier via l'assurance vie.
Or : une assurance contre certains scénarios, pas contre toutes les baisses
L'or ne verse ni coupon ni dividende. Sa valeur dépend notamment des taux réels, du dollar, de la demande des banques centrales et de la recherche de refuge.
Son intérêt apparaît surtout lorsque la confiance dans les actifs financiers traditionnels se dégrade fortement.
Selon le World Gold Council, l'or a affiché un rendement positif pendant cinq des sept récessions américaines étudiées dans une analyse historique et a également bien résisté lors de plusieurs épisodes de stress systémique.
Mais il peut lui aussi connaître de fortes corrections. En 2026, le World Gold Council rappelle que les épisodes historiques de baisse de l'or peuvent atteindre plusieurs dizaines de pourcents.
Nous le considérons donc comme une éventuelle poche de diversification, pas comme un fonds de secours ni comme le moteur central du rendement à long terme.
Bitcoin et cryptomonnaies : pas une épargne anti-récession
Le bitcoin peut répondre à une thèse d'investissement spécifique. Mais son historique est trop court et sa volatilité trop forte pour lui attribuer le rôle d'amortisseur fiable d'une récession.
Dans une phase de stress de marché, les investisseurs peuvent au contraire vendre les actifs les plus volatils pour rechercher des liquidités.
Si vous souhaitez détenir du bitcoin, considérez-le comme une poche risquée dont la taille est définie avant la crise.
L'argent destiné à absorber une baisse de revenus ou à rééquilibrer votre portefeuille n'a rien à faire dans une classe d'actifs susceptible de subir un drawdown majeur au moment où vous en avez besoin.
Comment structurer son patrimoine avant une récession ?
C'est ici que se joue l'essentiel.
Une allocation robuste ne cherche pas à posséder uniquement les actifs qui montent pendant une récession. Elle combine des actifs qui réagissent à des moteurs économiques différents.
Prenons quatre briques.
Une poche de liquidité
Son rôle n'est pas de battre l'inflation à long terme.
Elle sert à éviter une vente forcée lorsque vos revenus baissent ou qu'une dépense imprévue apparaît.
Pour un chef d'entreprise, un indépendant ou une personne dont la rémunération dépend fortement du cycle, cette poche peut logiquement être plus importante que pour un fonctionnaire disposant de revenus très stables.
C'est une nuance essentielle : votre capital humain fait partie du patrimoine.
Un salarié de l'automobile qui détient en plus beaucoup d'actions automobiles cumule deux fois le même risque économique.
Une poche obligataire de qualité
Son rôle peut être d'amortir une récession désinflationniste et de fournir du capital à réallouer lorsque les actifs risqués baissent.
La qualité de crédit et la duration doivent être choisies consciemment.
Une poche actions mondiale
Son rôle est la croissance à long terme.
Elle traversera des récessions et des marchés baissiers. C'est normal.
Une diversification mondiale évite de dépendre d'une entreprise, d'un secteur ou d'un seul pays.
Une poche d'actifs réels
Immobilier et éventuellement or peuvent compléter l'architecture, mais leur poids doit être apprécié à l'échelle du patrimoine entier.
Votre résidence principale compte déjà comme exposition immobilière.
| Poche | Rôle dans le patrimoine | Utilité pendant une récession | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Liquidités | Dépenses imprévues et besoins proches | Évite de vendre des actifs en baisse ; réserve de rééquilibrage | Ne pas accumuler indéfiniment du cash par peur |
| Obligations de qualité | Stabilisation et diversification | Peuvent bénéficier d’une baisse des taux | Duration, inflation et qualité de crédit |
| Actions mondiales | Croissance de long terme | Baissent souvent mais peuvent anticiper très tôt la reprise | Accepter les drawdowns sans vendre sous l’effet de la peur |
| Immobilier | Revenus, actif réel, diversification | Ajustement des prix souvent plus lent que les actions | Crédit, liquidité, vacance et concentration patrimoniale |
| Or éventuel | Diversification face à certains risques systémiques | Peut jouer un rôle de refuge selon le scénario | Aucun revenu et fortes corrections possibles |
Le risque oublié : votre emploi peut être corrélé à votre portefeuille
C'est un point que les allocations standard ignorent souvent.
Imaginez un cadre supérieur d'une banque :
- son salaire dépend du secteur financier ;
- son bonus dépend des résultats de la banque ;
- son plan d'épargne entreprise contient beaucoup d'actions de son employeur ;
- son portefeuille personnel contient des valeurs bancaires.
Sur le papier, il possède plusieurs lignes. Économiquement, il possède quatre fois le même risque.
En récession ou en crise bancaire, son revenu, son bonus et son patrimoine financier peuvent baisser simultanément.
Même logique pour un entrepreneur dont l'entreprise représente déjà l'essentiel du patrimoine : il n'a pas nécessairement besoin d'ajouter beaucoup de petites sociétés cycliques cotées.
Une bonne allocation ne regarde donc pas seulement les actifs financiers. Elle regarde aussi d'où viennent vos revenus et ce qui pourrait les faire disparaître.
Le rééquilibrage : acheter la baisse sans prétendre connaître le point bas
Supposons que votre allocation stratégique soit de 70 % d'actions et 30 % d'actifs prudents.
Après une forte baisse boursière, les actions ne représentent plus que 60 % du portefeuille.
Deux possibilités :
- vous concluez que « le monde est dangereux » et vendez encore des actions ;
- vous appliquez la règle décidée à froid et revenez progressivement vers votre cible.
La seconde méthode oblige mécaniquement à acheter davantage lorsque les actifs risqués ont baissé.
| Situation | Actions | Actifs prudents | Décision |
|---|---|---|---|
| Allocation stratégique | 70 % | 30 % | Cible définie avant la crise |
| Après une forte baisse | 60 % | 40 % | Les actions sont devenues sous-pondérées |
| Après rééquilibrage | 70 % | 30 % | Transférer une partie des actifs prudents vers les actions pour revenir à la cible |
Le rééquilibrage n'améliore pas chaque année la performance. Son intérêt est surtout la discipline de risque : vous empêchez la peur et l'euphorie de redessiner votre portefeuille.
Vous pouvez définir une règle temporelle — par exemple une revue annuelle — ou des bandes de tolérance autour de votre allocation cible.
L'important est de fixer la règle avant le krach.
Faut-il vendre ses actions avant une récession ?
Pour réussir un market timing, il faut prendre deux bonnes décisions :
- sortir avant la baisse ;
- revenir avant le rebond.
La première est déjà difficile. La seconde l'est davantage psychologiquement, car le rebond commence souvent lorsque les nouvelles sont encore mauvaises.
Un investisseur qui vend parce qu'il anticipe une récession peut donc avoir raison sur l'économie et perdre malgré tout de l'argent sur le marché.
C'est pourquoi nous préférons adapter le niveau de risque structurellement, avant que la panique arrive.
Si une baisse de 40 % des actions vous ferait vendre, le problème n'est probablement pas de savoir quand arrivera la prochaine récession. Le problème est que votre allocation actions est trop élevée pour votre tolérance réelle au risque.
Que faire si les marchés ont déjà chuté de 20 %, 30 % ou 40 % ?
Une forte baisse ne suffit pas à dicter une décision.
Commencez par comparer votre portefeuille à la stratégie décidée avant la crise.
- Si votre allocation actions reste dans sa fourchette cible, il n'y a peut-être rien à faire.
- Si les actions sont devenues fortement sous-pondérées, un rééquilibrage peut être justifié.
- Si vous devez utiliser cet argent prochainement, la baisse révèle probablement un problème d'allocation initiale.
- Si vous disposez d'une grosse somme en espèces destinée au long terme, investir progressivement peut être psychologiquement plus facile, même si personne ne sait si le marché baissera encore.
- Si votre thèse repose sur « j'attends que les nouvelles soient meilleures », rappelez-vous que les marchés anticipent précisément ces nouvelles.
Une baisse de 30 % n'est ni une preuve que les actions sont bon marché, ni une preuve qu'elles vont encore perdre 30 %.
Les erreurs qui coûtent cher pendant une récession
Transformer une prévision économique en portefeuille binaire
« Je pense qu'une récession arrive, donc je passe à 100 % cash » est un pari énorme caché derrière une phrase prudente.
Acheter uniquement les secteurs réputés défensifs
Vous pouvez acheter la bonne entreprise au mauvais prix. Et le marché peut déjà préparer la reprise.
Confondre rendement obligataire élevé et sécurité
Un rendement élevé rémunère généralement un risque. Le high yield peut souffrir précisément lorsque vous attendez de vos obligations qu'elles amortissent les actions.
Prendre du levier pour « profiter du krach »
Une baisse de 30 % peut devenir une baisse de 50 %. Le levier transforme une bonne idée de long terme en problème de survie à court terme.
Garder éternellement du cash en attendant la crise parfaite
Le coût d'opportunité peut devenir considérable si la récession arrive cinq ans plus tard que prévu.
Changer d'allocation au rythme des gros titres
Une stratégie patrimoniale qui doit être reconstruite à chaque publication du PIB n'est pas une stratégie. Elle est une météo.
Comment bien investir son argent en cas de récession ?
Une récession redistribue les cartes.
Les bénéfices des entreprises cycliques souffrent. Les secteurs défensifs résistent généralement mieux. Les spreads de crédit s'élargissent. Les obligations souveraines de qualité peuvent profiter de la baisse des taux dans une récession désinflationniste. L'immobilier ajuste ses valorisations plus lentement. L'or peut jouer son rôle de diversification dans certains épisodes de stress.
Puis le cycle recommence.
Et c'est précisément là que se trouve le piège : les actifs qui protègent le mieux au cœur de la récession ne sont pas nécessairement ceux qui montent le plus lorsque le marché anticipe la reprise.
Nous préférons donc construire le patrimoine avant la tempête :
- suffisamment de liquidité pour ne pas être vendeur forcé ;
- une poche obligataire dont le rôle est clairement défini ;
- des actions mondiales pour la croissance de long terme ;
- de l'immobilier en proportion cohérente avec le reste du patrimoine ;
- éventuellement de l'or comme diversification ;
- une règle de rééquilibrage décidée à froid.
La meilleure stratégie anti-récession n'est pas celle qui devine la date du prochain ralentissement. C'est celle qui vous permet de regarder une récession arriver sans avoir besoin de réinventer votre patrimoine.

