Vous avez acheté un appartement 200 000 € et vous le revendez 320 000 €. Votre plus-value immobilière imposable n’est pas nécessairement de 120 000 €.
Pour calculer l’impôt, il faut d’abord corriger le prix de vente et le prix d’acquisition. Certains frais et travaux peuvent augmenter le prix d’acquisition fiscal et donc réduire la plus-value. Il faut ensuite appliquer deux calendriers d’abattement distincts : l’un pour l’impôt sur le revenu, l’autre pour les prélèvements sociaux.
La logique tient en trois étages :
- plus-value brute = prix de vente corrigé – prix d’acquisition corrigé ;
- plus-value imposable = plus-value brute après abattement pour durée de détention ;
- impôt à payer = 19 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux sur leurs assiettes respectives, auxquels peut s’ajouter une taxe sur certaines plus-values immobilières élevées.
C’est ce calcul que nous allons dérouler pas à pas.
Qu’est-ce qu’une plus-value immobilière ?
Une plus-value immobilière apparaît lorsque vous cédez un bien immobilier plus cher que sa valeur d’acquisition retenue fiscalement.
Le régime des plus-values immobilières des particuliers concerne notamment la vente d’une maison, d’un appartement, d’un terrain ou de certains droits immobiliers. Il peut également concerner une vente réalisée par une société civile immobilière (SCI) relevant de l’impôt sur le revenu.
En revanche, une SCI soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) obéit à une logique différente : la valeur nette comptable et les amortissements entrent notamment en jeu. Il ne faut donc pas lui appliquer mécaniquement le calcul présenté dans cet article.
Si vous avez reçu le bien par donation ou succession, il n’existe pas de prix d’achat au sens classique. La référence est alors, en principe, la valeur vénale retenue dans l’acte de donation ou la déclaration de succession, augmentée de certains frais admissibles.
Enfin, si le calcul fait apparaître une moins-value, vous n’avez évidemment pas d’impôt sur une plus-value inexistante. Les moins-values immobilières des particuliers ne sont toutefois, en principe, pas imputables sur d’autres plus-values immobilières, sauf cas particuliers.
Comment calculer la plus-value immobilière brute ?
La formule paraît simple :
Plus-value brute = prix de cession corrigé – prix d’acquisition corrigé
Toute la difficulté se cache dans le mot « corrigé ».
1. Déterminer le prix de vente retenu fiscalement
Le point de départ est le prix indiqué dans l’acte de vente.
Certains frais acquittés par le vendeur à l’occasion de la cession peuvent venir diminuer le prix retenu lorsqu’ils remplissent les conditions fiscales et sont justifiés. C’est notamment le cas de certaines commissions ou indemnités et de certains frais liés à la vente.
Il faut donc raisonner sur le prix de cession fiscal, et non simplement recopier le prix affiché dans l’annonce immobilière.
2. Reconstituer le prix d’acquisition corrigé
Pour un bien acheté, le point de départ est le prix effectivement payé figurant dans l’acte.
Ce prix peut notamment être majoré :
- des frais d’acquisition pour leur montant réel justifié ;
- ou, pour une acquisition à titre onéreux, d’un forfait de 7,5 % du prix d’achat ;
- de certaines dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration ;
- sous conditions, de certains frais de voirie, réseaux et distribution pour un terrain à bâtir.
Une précision importante : le forfait fiscal de 7,5 % n’est pas synonyme de “frais de notaire”. Il s’agit d’une méthode forfaitaire permettant de majorer le prix d’acquisition. Vous pouvez retenir les frais réels lorsqu’ils sont admissibles, justifiés et plus favorables.
| Élément | Effet sur la plus-value | Règle principale |
|---|---|---|
| Frais d’acquisition | Réduisent la plus-value en majorant le prix d’acquisition | Montant réel admissible et justifié ou forfait de 7,5 % pour une acquisition à titre onéreux |
| Travaux réels admissibles | Réduisent la plus-value en majorant le prix d’acquisition | Construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration sous les conditions fiscales |
| Forfait travaux de 15 % | Réduit la plus-value en majorant le prix d’acquisition | Faculté pour un immeuble bâti cédé plus de 5 ans après son acquisition |
| Certains frais de cession | Réduisent le prix de vente retenu | Doivent entrer dans les catégories admises et être supportés par le vendeur ; justificatifs à conserver |
| Valeur du mobilier réellement cédé | Peut réduire la fraction du prix attribuée à l’immobilier | Valorisation réelle, distincte et justifiable ; à traiter correctement dans l’acte |
Quels travaux peut-on prendre en compte pour réduire la plus-value ?
C’est l’un des leviers les plus mal compris.
Pour leur montant réel, certaines dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration peuvent majorer le prix d’acquisition lorsqu’elles remplissent les conditions fiscales. Les travaux doivent notamment avoir été réalisés par une entreprise dans les situations visées par le régime et ne pas avoir déjà été pris en compte pour déterminer l’impôt sur le revenu.
Les simples dépenses d’entretien et de réparation n’entrent pas automatiquement dans cette catégorie.
Le forfait travaux de 15 % après plus de cinq ans
Pour un immeuble bâti détenu depuis plus de cinq ans, le vendeur peut, sous les conditions du régime, retenir un forfait égal à 15 % du prix d’acquisition.
L’intérêt est considérable : le BOFiP précise que, lorsque la condition de durée est remplie, ce forfait est une faculté et qu’il n’est pas nécessaire de démontrer la réalité ou le montant des travaux.
Exemple :
- appartement acheté 200 000 € ;
- détention supérieure à cinq ans ;
- forfait de 15 % = 30 000 €.
Si vos travaux réels admissibles ne représentent que 18 000 €, le forfait peut être plus favorable. Si vous disposez de 55 000 € de dépenses réelles recevables et correctement justifiées, les frais réels peuvent au contraire être plus intéressants.
Attention à ne pas mélanger les deux mécanismes. Pour les dépenses réelles, les règles empêchent notamment de faire bénéficier deux fois la même dépense d’un avantage fiscal. Le forfait de 15 % répond à ses propres conditions.
Quels abattements s’appliquent selon la durée de détention ?
Une fois la plus-value brute calculée, la durée de détention peut réduire fortement l’assiette taxable.
Mais il existe deux chronomètres fiscaux.
Pour l’impôt sur le revenu
L’abattement est de :
- 0 % pendant les cinq premières années ;
- 6 % par année de détention au-delà de la 5e et jusqu’à la 21e ;
- 4 % pour la 22e année révolue.
La plus-value est donc totalement exonérée d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention.
Pour les prélèvements sociaux
L’abattement est plus lent :
- 0 % pendant les cinq premières années ;
- 1,65 % par année de la 6e à la 21e ;
- 1,60 % pour la 22e année ;
- 9 % par année au-delà de la 22e jusqu’à la 30e.
L’exonération complète des prélèvements sociaux n’est acquise qu’après 30 ans.
Conséquence : un bien détenu depuis plus de 22 ans peut ne plus générer d’impôt sur le revenu tout en restant soumis aux prélèvements sociaux.
| Durée de détention révolue | Abattement pour l’impôt sur le revenu | Abattement pour les prélèvements sociaux | Lecture |
|---|---|---|---|
| 5 ans | 0 % | 0 % | Deux assiettes restent imposables |
| 10 ans | 30 % | 8,25 % | Deux assiettes restent imposables |
| 15 ans | 60 % | 16,5 % | Deux assiettes restent imposables |
| 20 ans | 90 % | 24,75 % | Deux assiettes restent imposables |
| 22 ans | 100 % | 28 % | Exonération totale d’IR ; prélèvements sociaux encore dus |
| 25 ans | 100 % | 55 % | Exonération totale d’IR ; prélèvements sociaux encore dus |
| 30 ans | 100 % | 100 % | Exonération totale IR et prélèvements sociaux |
Combien d’impôt payez-vous réellement sur une plus-value immobilière ?
La plus-value immobilière imposable des particuliers est soumise, dans le régime de droit commun, à :
- 19 % d’impôt sur le revenu ;
- 17,2 % de prélèvements sociaux.
Il serait pourtant trompeur d’additionner simplement 19 % et 17,2 % après plusieurs années de détention : les deux prélèvements peuvent porter sur des assiettes différentes, puisque leurs abattements ne suivent pas le même calendrier.
Exemple complet : achat à 200 000 €, revente à 320 000 € après 15 ans
Prenons un exemple volontairement simple :
- prix d’achat : 200 000 € ;
- forfait de frais d’acquisition de 7,5 % : 15 000 € ;
- forfait travaux de 15 % : 30 000 € ;
- prix d’acquisition corrigé : 245 000 € ;
- prix de vente corrigé : 320 000 € ;
- plus-value brute : 75 000 €.
Après 15 années révolues de détention, dix années ouvrent droit aux abattements annuels au-delà de la cinquième.
Pour l’impôt sur le revenu :
- abattement : 10 × 6 % = 60 % ;
- plus-value imposable : 75 000 × 40 % = 30 000 € ;
- impôt : 30 000 × 19 % = 5 700 €.
Pour les prélèvements sociaux :
- abattement : 10 × 1,65 % = 16,5 % ;
- plus-value imposable : 75 000 × 83,5 % = 62 625 € ;
- prélèvements sociaux : 62 625 × 17,2 % = 10 771,50 €.
Fiscalité totale dans cet exemple : 16 471,50 €, hors éventuelle situation particulière.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Prix d’achat | Prix figurant dans l’acte | 200 000 € |
| Forfait frais d’acquisition | 200 000 € × 7,5 % | 15 000 € |
| Forfait travaux | 200 000 € × 15 % | 30 000 € |
| Prix d’acquisition corrigé | 200 000 + 15 000 + 30 000 | 245 000 € |
| Prix de vente corrigé | Hypothèse | 320 000 € |
| Plus-value brute | 320 000 – 245 000 | 75 000 € |
| Abattement IR après 15 ans | 10 années × 6 % | 60 % |
| Assiette IR | 75 000 × 40 % | 30 000 € |
| Impôt sur le revenu | 30 000 × 19 % | 5 700 € |
| Abattement prélèvements sociaux | 10 années × 1,65 % | 16,5 % |
| Assiette prélèvements sociaux | 75 000 × 83,5 % | 62 625 € |
| Prélèvements sociaux | 62 625 × 17,2 % | 10 771,50 € |
| Fiscalité totale | 5 700 + 10 771,50 | 16 471,50 € |
La taxe sur les plus-values immobilières élevées
Il existe en outre une taxe spécifique lorsque la plus-value nette imposable à l’impôt sur le revenu dépasse 50 000 €, pour les cessions entrant dans son champ. Son barème progresse jusqu’à 6 % et comporte des mécanismes de lissage à certains seuils.
Cette taxe ne concerne notamment pas les plus-values résultant de la cession de terrains à bâtir.
Dans notre exemple, la plus-value imposable à l’impôt sur le revenu après abattement n’est que de 30 000 € : cette taxe supplémentaire ne s’applique donc pas.
En pratique, lors d’une vente immobilière relevant de ce régime, le notaire calcule généralement la plus-value, établit la déclaration et acquitte l’impôt pour le compte du vendeur sur le prix de vente.
Quand la plus-value immobilière est-elle exonérée ?
La fiscalité peut parfois disparaître complètement.
La vente de la résidence principale
La plus-value réalisée lors de la cession de votre résidence principale est en principe exonérée lorsque les conditions sont réunies.
C’est une différence patrimoniale majeure entre résidence principale et investissement locatif.
Une vigilance s’impose lorsque vous avez quitté le logement avant la signature. Le bénéfice de l’exonération dépend alors des circonstances et des conditions applicables à la cession. Il est préférable de valider le traitement avec le notaire avant de considérer l’exonération comme acquise.
La durée de détention
Comme vu précédemment :
- après 22 ans, exonération totale d’impôt sur le revenu ;
- après 30 ans, exonération totale des prélèvements sociaux.
Les cessions d’un faible montant
Les cessions dont le prix est inférieur ou égal à 15 000 € bénéficient d’une exonération selon les modalités prévues par le régime. Le seuil s’apprécie pour chaque cession selon les règles fiscales applicables.
La première cession d’un logement autre que la résidence principale
Une exonération peut également s’appliquer, sous conditions, lors de la première cession d’un logement autre que la résidence principale. Parmi les conditions importantes : ne pas avoir été propriétaire de sa résidence principale au cours des quatre années précédentes et employer le prix de cession à l’achat ou à la construction de sa résidence principale dans un délai de deux ans.
Cette exonération n’est utilisable qu’une fois et doit être demandée dans l’acte.
D’autres exonérations existent
La loi prévoit également des régimes particuliers, notamment pour certaines expropriations avec remploi, certaines personnes âgées ou invalides sous conditions, ou certaines opérations immobilières spécifiques.
Dans ces cas, la situation personnelle et les conditions exactes de la vente deviennent déterminantes.
Succession, donation, SCI : les cas qui changent le calcul
Certaines situations nécessitent de sortir du cas classique « j’achète puis je revends ».
Bien reçu par donation ou succession
Pour un bien reçu à titre gratuit, le prix d’acquisition est remplacé, en principe, par la valeur vénale retenue dans l’acte de donation ou la déclaration de succession. Certains frais et droits acquittés peuvent également augmenter cette valeur pour le calcul de la plus-value.
Cela peut produire un résultat très différent de celui obtenu en repartant du prix historiquement payé par le donateur ou le défunt.
SCI à l’impôt sur le revenu
Une SCI relevant de l’impôt sur le revenu peut entrer dans le régime des plus-values immobilières des particuliers, avec des règles tenant notamment compte des associés et de leurs droits.
SCI à l’impôt sur les sociétés
Une SCI à l’IS relève d’une autre mécanique. Les amortissements pratiqués réduisent la valeur nette comptable du bien et peuvent augmenter le gain fiscal lors de la vente.
N’utilisez donc pas le simulateur mental “prix de vente – prix d’achat – abattement de durée” pour une SCI à l’IS.
Démembrement de propriété
La vente d’un usufruit, d’une nue-propriété ou d’un bien démembré peut nécessiter de reconstituer la valeur d’acquisition du droit cédé. Le calcul dépend notamment de l’origine du démembrement et de la façon dont la vente est organisée.
Ici encore, le notaire doit être associé au calcul en amont.
Comment réduire légalement l’impôt sur la plus-value immobilière ?
Il n’existe pas de baguette magique. Les leviers les plus efficaces sont souvent les plus administratifs.
- Conservez les factures de travaux. Des justificatifs perdus peuvent signifier une base taxable plus élevée lorsque le forfait n’est pas disponible ou moins favorable.
- Comparez le forfait de 7,5 % aux frais d’acquisition réels lorsque vous avez le choix.
- Comparez le forfait travaux de 15 % aux dépenses réelles admissibles lorsque le bien est détenu depuis plus de cinq ans.
- Vérifiez la durée exacte de détention. Quelques mois peuvent parfois faire franchir une année révolue supplémentaire et modifier l’abattement.
- Identifiez une éventuelle exonération avant la promesse ou l’acte définitif. Certaines exonérations supposent des conditions ou mentions précises.
- Faites distinguer correctement les éléments mobiliers réellement cédés avec le logement, lorsqu’ils existent et que leur valorisation est réelle et justifiable.
- Calculez le net vendeur avant d’accepter une offre. Le prix affiché ne dit pas combien vous conserverez après crédit, frais et fiscalité.
Mais ne laissez pas l’impôt prendre le volant.
Attendre plusieurs années uniquement pour obtenir un abattement supplémentaire n’est pas forcément rationnel si le logement coûte cher à conserver, si vous avez besoin du capital ou si le marché se retourne.
Une économie fiscale n’est intéressante que si elle ne vous coûte pas davantage ailleurs.
Calcul de la plus-value immobilière : les trois étapes à retenir
Le calcul devient beaucoup plus simple lorsqu’il est pris dans le bon ordre.
1. Calculez la plus-value brute.
Prix de vente corrigé – prix d’acquisition corrigé, en intégrant les frais et travaux admissibles.
2. Appliquez les abattements pour durée de détention.
Le calendrier n’est pas le même pour l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux : exonération complète après respectivement 22 et 30 ans.
3. Calculez la fiscalité.
Le taux est de 19 % pour l’impôt sur le revenu et de 17,2 % pour les prélèvements sociaux sur leurs assiettes respectives. Une taxe supplémentaire peut s’appliquer à certaines plus-values immobilières élevées.
Pour une vente importante, la question patrimoniale finale n’est donc pas seulement : « combien vaut mon bien ? »
Elle est :
Combien me restera-t-il réellement après remboursement du crédit, frais de vente et fiscalité ?
C’est ce capital net qui pourra financer votre prochain logement, être investi ou répondre à un nouveau projet.
Cet article présente le régime général à titre informatif. Une donation, une succession, un démembrement, une SCI, une expatriation ou une exonération particulière peuvent modifier sensiblement le calcul. Le notaire est l’interlocuteur naturel pour valider la fiscalité d’une cession précise.

